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IRAK : ET SI LA DIPLOMATIE AMERICAINE AVAIT REUSSI ?

By Sébastien Vannerot
Posted Mar. 25, 2003


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Malgré les efforts conjoints de la diplomatie française, allemande et russe, la deuxième guerre du golfe a bien lieu. Doit-on considérer cet état de fait comme une gageure pour la diplomatie ? Un échec flagrant de la diplomatie américaine ? Rien n'est moins sûr.

Les faucons de l'administration américaine, liés tant à George Bush père qu'à George W. Bush Jr, ont toujours clamé qu'ils regrettaient de ne pas avoir renversé Saddam Hussein lors de la première guerre du Golfe. Agissant à l'époque sous couvert d'un mandat exprès de l'ONU, les Américains n'avaient pas eu d'autre choix que de se plier aux exigences onusiennes, les objectifs du mandat qui leur avait été confié ayant été remplis.

En conceptualisant sa lutte contre le terrorisme et en rationalisant sa perception manichéenne du monde (« Vous êtes avec nous ou contre nous »), l'administration Bush s'est ainsi habilement investie d'une mission messianique aux frontières indéfinies, autorisant toutes les initiatives.

En ne convainquant pas la majorité des membres du Conseil de sécurité du caractère nécessaire d'une attaque contre l'Irak, on peut légitimement se demander si, s'appuyant sur sa vision messianique et le symbolisme attaché au raïs, l'administration Bush n'a pas tiré les leçons de la première guerre du Golfe et ne s'est pas habilement dispensée, en se jouant de la position de la diplomatie française, d'un nouveau mandat onusien qui risquait de limiter ses possibilités d'action. En effet, sans mandat, pas de limites...

Sous couvert de la ligne diplomatique française, l'administration Bush a trouvé dans la paralysie des instances internationales la légitimité qui lui manquait pour se soustraire à l'autorité du Conseil de sécurité de l'ONU.

Cette désobéissance juridique programmée présente des similitudes étonnantes avec la doctrine Monroe, dont les Etats-Unis avaient fait leur profession de foi au XIXe siècle. Cette doctrine et ses corollaires, successivement élaborés par Roosevelt et Wilson, autorisaient en effet les Etats-Unis à défendre leur prééminence économique, politique et militaire par des interventions préventives et à promouvoir la « bonne gouvernance » des Etats-Unis, c'est-à-dire la défense de la communauté d'intérêts politiques et économiques de la nation par la puissance normative.

En soustrayant ainsi leur action à la compétence des institutions internationales, les Etats-Unis exploitent les failles du système de règlement pacifique des conflits.

Ils tentent de consacrer, tant au plan militaire et politique qu'au plan diplomatique et juridique, leur droit au statut de superpuissance. Ils cherchent ainsi à consacrer leur droit à intervenir préventivement au nom de l'élargissement ( « enlargment » ) du modèle de démocratie libérale ( « market democracy » ) et au façonnage du monde ( « shaping the world », selon l'expression de Bill Clinton). Winston Churchill, évoquant la seconde guerre mondiale, disait à juste titre que « la première victime de la guerre est la vérité ».


Publié dans "La Tribune", 25 mars 2003

 
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